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Les accidents de la vie courante, un problème majeur de santé publique

Les accidents de la vie courante sont très nombreux. Leur dénombrement est difficile, et dépend notamment de leur gravité, qui détermine elle-même le type de recours aux soins ou le mode de prise en charge de l'accidenté.

En France, 19 000 personnes décèdent chaque année d'un AcVC, soit 3,6% des causes de décès [4]. Ce nombre est en diminution depuis le début des années 80, probablement grâce aux campagnes d'information et de prévention contre les accidents menées depuis une vingtaine d'années. Il reste cependant élevé par comparaison avec les mêmes données de mortalité des autres pays de l'Union européenne, et de nombreux décès apparaissent encore comme évitables avec des mesures de prévention, de réglementation, de formation, etc. adaptées. Il va probablement augmenter dans les prochaines années, compte tenu du grand nombre de décès par AcVC chez les personnes âgées et de l'augmentation prévue de la proportion des personnes âgées dans la population. Dans les 15 pays de l'Union européenne, on déplore environ 80 000 décès par AcVC chaque année [5, 6], et dans le monde plusieurs millions [7].

Parmi les personnes ayant eu un AcVC et qui n'en sont pas décédées, certaines en gardent des séquelles. Peu d'études font le point sur les conséquences des accidents graves, qui sont à l'origine d'une part importante des handicaps [8, 9]. Un domaine mieux documenté est celui des AcVC qui ont entraîné un recours aux soins hospitaliers. En France, on estimait en 1993 qu'une hospitalisation sur huit était due à un accident [10]. Quant aux recours à des soins ambulatoires (médecins et paramédicaux exerçant en ville) pour AcVC, ils nécessitent des enquêtes adaptées auprès des patients ou auprès des professionnels concernés. Enfin les moins graves des AcVC sont les moins bien connus, dans la mesure où ils ne donnent lieu à aucun recours aux soins, ou n'entraînent qu'une automédication non spécifique.

La répartition quantitative des AcVC en fonction de leur gravité apparente mesurée par leur devenir ou leur prise en charge a fait l'objet de publications. Tous âges confondus, pour un décès par AcVC, les autres AcVC qui surviennent dans le même temps conduisent, selon certaines estimations, à 40 hospitalisations, 340 recours aux services d'urgence et 450 recours aux médecins généralistes [11]. Chez les jeunes de moins de 25 ans, pour un décès par AcVC les proportions correspondantes sont 150, 2700 et 4900 [6]. Ces rapports entre recours aux soins donnent une idée des fréquences relatives des AcVC selon leur gravité.

Le coût des AcVC a été rarement étudié en France. Une étude de la Caisse nationale de l'assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS) réalisée en 1997 auprès d'assurés sociaux de deux Caisses primaires d'assurance maladie rendait compte d'une moyenne estimation des coûts (coûts directs plus coûts des arrêts de travail) entre 100 et 500 euros par accident et par an en France [12]. Cette estimation est certainement inférieure à la réalité, parce que seuls les coûts intéressant la CNAMTS étaient retenus, et parce que le calcul était limité à une courte période après l'accident. Des études plus complètes restent à faire dans ce domaine très peu exploré jusqu'à présent en France. A l'étranger des travaux plus nombreux ont montré que les dépenses liées aux AcVC pouvaient représenter près de 10% des dépenses totales de santé [13]. Aux Pays-Bas par exemple les seuls coûts médicaux directs annuels liés aux AcVC ont été estimés à 1000 euros par accidenté, d'où une dépense représentant 3,4% du budget total consacré aux soins, pour une population égale au quart de celle de la France, de structure d'âge proche et de risque d'AcVC comparable [11, 13, 14]. Ces approches financières ne rendent par ailleurs que très incomplètement compte des souffrances et des dommages de vie irréparables causés par les AcVC.

Malgré leur importance, les AcVC n'occupent pas (ou pas encore) la place qui pourrait leur revenir dans les préoccupations de santé publique. Ceci est peut-être le reflet, ou la conséquence d'une médiocre perception du risque qu'ils constituent. Dans les enquêtes du baromètre santé de l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé [15], les accidents domestiques, de sport et de loisirs, et à l'école n'arrivent qu'en 9ème, 10ème et 12ème positions dans les craintes de risque pour la santé chez les 12-75 ans, après les accidents de la circulation et les accidents du travail, pourtant moins nombreux. Pour expliquer le relatif manque d'intérêt pour les AcVC, on peut avancer différentes raisons [16], et en particulier un obstacle sémantique : lorsqu'on parle d'un accident dans le langage courant, ce terme est souvent porteur d'une signification résignée : l'accident est considéré comme " inévitable " parce que justement " c'est un accident ", on se réfugie ici dans l'acceptation d'une sorte de fatalité ; cette conception ancestrale s'oppose à la conception " maîtrise de destin ", ou " possibilité de prévention " résultant des connaissances fournies par l'épidémiologie. Le fait que les causes et circonstances de survenue des AcVC soient très diverses contribue à brouiller la perception de leur importance. Les noyades, accidents de bricolage, chutes en parapente, explosions d'autocuiseur, accidents de cheval ou de rugby, brûlures, etc. ont en effet peu de points communs. Les différentes causes d'AcVC sont nombreuses et variées, chacune prise individuellement provoquant souvent peu d'accidents. On peut évoquer aussi des réflexes de refus par rapport à des recommandations de protection ou de prévention, vécues comme limitant la liberté individuelle ou le plaisir de certaines activités (sportives notamment).

 

1. Baker SP, O'Neill B, Ginsburg MJ, Guohua Li. The injury fact book, 2nd ed. New York, Oxford University Press, 1992.

2. Holder Y, Peden M, Krug E et al (Eds).
Injury surveillance guidelines. Geneva, World Health Organization, 2001.

3. Système communautaire d'information sur les accidents domestiques et de loisirs (EHLASS), manuel de codage, version mise à jour. Commission européenne, 1996.

4. Causes de décès, CépiDC, INSERM. Site Internet http://sc8.vesinet.inserm.fr:1080/

5. World Health Organisation, Atlas of mortality in Europe. Geneva, 1997.

6. Rogmans W. Les accidents domestiques et de loisirs des jeunes de moins de 25 ans dans l'Union européenne : défis pour demain. Santé Publique 2000, volume 12, n°3, 283-98.

7. Krug E. Injury : A Leading Cause of the Global Burden of Disease. Geneva, World Health Organization, 1999.

8. Tursz A, Crost M. Sequelae following unintentional injuries to children : an exploratory study. Injury Prevention 2000; 6: 209-13.

9. Barker M, Power C, Roberts I. Injuries and the risk of disability in teenagers and young adults.
Arch Dis Child 1996 ; 75 : 156-8.

10. Guez M, Mouquet MC. Une hospitalisation sur huit est due à un accident en 1993 dans les services de soins de courte durée. Informations rapides, SESI, juin 1997, n°90.

11. Mulder S. Surveillance and priority-setting. Where to start in preventing home and leisure accident ?, Vrije Universiteit, Amsterdam, 2001.

12. Garry F. Le coût des accidents de la vie courante à travers l'enquête CNAMTS 1997. Journées scientifiques de l'InVS, décembre 2001.

13. Lawrence BA, Miller TR, Jensen AF et al. Estimating the cost of non-fatal consumer product injuries in the United States. Injury Control & Safety Promotion 2000; 2: 97-113.

14. Meerding WJ, Birnie E, Mulder S, den Hertog PC, Toet H, van Beeck EF. Cost of injuries in the Netherlands. Consumer Safety Institute, Department of Public Health, Erasmus University, Amsterdam, 2000.

15. Bourdessol H, Janvrin M-P, Baudier F. Accidents. Baromètre santé 2000. Résultats ; volume 2 : 359-87.

16. Thélot B. La rareté des sources de données épidémiologiques sur les accidents de la vie courante. 6ème conférence mondiale Prévention et contrôle des traumatismes, Montréal, mai 2002.
 

  Saint Maurice, octobre 2003


Source : www.dsi.univ-paris5.fr

 

 

 



 

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