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Le cancer du sein touche 10 % des femmes en
Europe. Son pronostic est corrélé à la taille de la tumeur, ce qui fait
l’importance du diagnostic précoce. Les tumeurs bénignes sont loin
d’être exceptionnelles, la répétition excessive des examens d’imagerie
est inutile et anxiogène.
01Introduction
La tumeur du sein est une prolifération localisée anormale de
cellules bénignes ou malignes dans la glande mammaire. La découverte
d’un nodule du sein est un motif fréquent de consultation. Nous nous
contenterons ici de traiter la prise en charge de ces tumeurs dites «
palpables ». Le cancer du sein est le premier cancer de la femme. La
précocité du diagnostic est essentielle, car elle améliore nettement le
pronostic et autorise la conservation du sein lorsque la tumeur est
inférieure à 3 cm. Les tumeurs bénignes sont assez fréquentes. La
chirurgie est parfois nécessaire pour obtenir la certitude de la
bénignité. En présence d’une tumeur du sein, le médecin généraliste doit
répondre à deux questions : la tumeur est-elle franchement suspecte,
nécessitant une prise en charge en milieu spécialisé ? Quelles
investigations permettent d’affirmer sa bénignité dans le cas contraire ?
02Rappel histologique
Elle est constituée d’une multitude d’unités glandulaires (les lobules),
qui sont à l’origine de la sécrétion lactée. Chaque lobule est drainé
par un canal excréteur (le galactophore). Ces galactophores convergent
entre eux et vers la plaque aréolomamelonnaire, constituant l’arbre
galactophorique. Les lobules, comme les galactophores, sont constitués
d’épithélium glandulaire. Ces composants glandulaires sont insérés dans
un tissu conjonctif, au sein duquel on retrouve des lymphatiques et des
vaisseaux.
L’adénofibrome est la tumeur bénigne la plus fréquente de la puberté
jusqu’à l’âge de 40 ans. Il est composé de deux contingents épithéliaux
lobulaire et conjonctif. Il ne dégénère pas et ne constitue pas un
facteur de risque de cancer du sein. La mastose fibrokystique (ou
mastopathie bénigne) est en général d’apparition plus tardive, composée
d’une prolifération conjonctivo glandulaire anormale associée à des
phénomènes œdémateux.
Elle est à l’origine d’une augmentation de la densité et d’une
irrégularité de la glande mammaire. On peut voir apparaître dans ces
seins mastosiques des nodules conjonctivo glandulaires ou des kystes
galactophoriques. Il s’agit d’une maladie bénigne, mais qui augmente le
risque de survenue de cancer du sein (risque relatif : 2,8).
– le lipome est une tumeur bénigne développée aux dépens du tissu adipeux ;
– l’hamartome est une fausse tumeur par inclusion de tissu mammaire normal ;
– la cytostéatonécrose est une formation nécrotique qui peut mimer
cliniquement et radiologiquement le cancer. Elle est totalement bénigne,
se résorbe spontanément et apparaît en général à la suite d’un
traumatisme local chirurgical ou non.
L’adénocarcinome du sein est de loin la tumeur maligne la plus
fréquente. Son origine est galactophorique (le plus souvent) ou
lobulaire. La fréquence du cancer augmente avec l’âge, mais il peut se
rencontrer chez la femme jeune. Il est localisé le plus souvent dans le
quadrant supéroexterne. Son évolution métastatique se fait vers les
ganglions axillaires (ou mammaires internes pour les tumeurs internes)
puis sus claviculaires. Les métastases à distance les plus fréquentes
sont hépatiques, pulmonaires et osseuses.
– le sarcome du sein est beaucoup plus exceptionnel. Son point de départ est conjonctif ;
– le lymphome du sein est rarement observé ;
– une particularité : la tumeur phyllode est peu fréquente (1% des
tumeurs du sein), conjonctivo glandulaire, comme l’adénofibrome qu’elle
mime cliniquement. Il s’agit d’une tumeur intermédiaire, bénigne
lorsqu’elle est de grade I, évoluant vers le sarcome lorsqu’elle est de
grade III. Elle s’observe essentiellement entre 40 et 55 ans.
03Conduite de l'examen clinique
Il est essentiel et doit précéder l’examen proprement dit. On
s’intéresse aux antécédents personnels, à la date supposée d’apparition
de la tumeur, qui prend toute sa valeur si l’auto examen est habituel.
Les variations volumétriques en fonction du cycle (augmentation de
volume avant les règles) et le caractère douloureux orientent plutôt
vers la bénignité. Les facteurs de risque de cancer du sein doivent être
recherchés, même si leur absence ne dispense pas d’investigation : âge
supérieur à 40 ans, puberté précoce, prise d’œstroprogestatifs prolongée
avant l’âge de 25 ans, nulliparité ou première grossesse après 35 ans,
ménopause tardive, obésité après la ménopause. Il faut y ajouter les
antécédents familiaux de cancer du sein, surtout s’il existe une
mutation familiale du gène BRCA1 ou BRCA2 (parfois recherchée dans des
familles très ciblées en milieu très spécialisé), les antécédents
personnels de cancer du sein, de carcinome in situ, de mastopathie
fibrokystique évolutive, en particulier lorsqu’il existe une hyperplasie
épithéliale de grade élevé.
Il permet souvent, à lui seul, de suspecter la malignité (sensibilité de
70% et spécificité de 80%). Il débute par l’inspection de la femme en
position assise puis couchée, les bras en abduction puis adduction. Il
faut s’attarder à rechercher une asymétrie, un méplat ou une rétraction
cutanée, un aspect de peau d’orange, un écoulement mamelonnaire, une
ombilication ou une rétraction du mamelon, qui sont des critères
suspects. Examen de la glande mammaire Il se fait en position assise
puis couchée, bras en abduction puis adduction quadrant par quadrant,
mains à plat, par petits mouvements circulaires. C’est la compression du
nodule entre la main du clinicien et le plan thoracique qui permettra
de définir sa taille, sa mobilité par rapport au plan profond et à la
peau, son caractère régulier ou non plus ou moins rénitent. Il ne faut
pas oublier l’examen controlatéral, ne serait-ce que par sa valeur
comparative. La meilleure période du cycle pour l’examen se situe vers
le 10e jour. Le cancer du sein se présente cliniquement comme un nodule
de consistance dure, irrégulier, adhérant au plan pectoral ou cutané
s’il est évolué. L’adénofibrome est typiquement ferme, bien circonscrit,
ovoïde ou arrondi, et parfois sujet à des fluctuations cycliques.
Ils permettront, lorsqu’ils sont bien choisis, de suspecter la malignité
et orienter la patiente en milieu spécialisé, ou d’affirmer la
bénignité et instaurer un traitement adapté.
04Mammographie
Elle reste l’examen de référence, car sa sensibilité et sa spécificité
dépassent 90%. Il existe cependant une exception en ce qui concerne la
femme jeune, car sa lecture est alors rendue difficile par la densité de
la glande mammaire. Il n’y a donc pas lieu de prescrire une
mammographie pour explorer un nodule avant l’âge de 30 ans. La
mammographie doit comporter trois incidences (contrairement à l’examen
de dépistage, qui n’en comprend qu’une seule) : face, profil et oblique
externe, parfois appelée prolongement axillaire. La comparaison avec les
éventuels clichés antérieurs est essentielle. On distingue trois types
d’image : les images claires, qui sont toujours bénignes (kystes), les
opacités irrégulières, stellaires à caractère spiculé parfois entourées
d’un halo clair œdémateux, qui témoignent d’un cancer jusqu’à preuve du
contraire (95 % des cas),et les opacités arrondies, révélant un
fibroadénome dans trois cas sur quatre avant 35 ans, un kyste dans deux
cas sur trois entre 35 et 60 ans et un cancer dans deux cas sur trois
après 60 ans. Les ganglions axillaires peuvent être visibles sur le
cliché oblique externe.
Sa sensibilité et sa spécificité sont inférieures à celles de la
mammographie, mais elle présente un grand intérêt lorsque cette dernière
est difficile à interpréter (femme jeune ou sein mastosique).
Elle ne remplace pas la biopsie qui seule permet l’analyse histologique
lorsqu’un traitement invasif est envisagé (curage axillaire,
mammectomie, radiothérapie, chimiothérapie). La cytoponction constitue
un bon traitement du kyste, mais doit, dans ce cas, être réalisée après
les examens d’imagerie pour que ces derniers soient interprétables
(avant l’affaissement du kyste). Les kystes mammaires de moins de 3mm
doivent être considérés comme physiologiques. Les kystes de 3 à 10mm ne
nécessitent pas de traitement ou de surveillance particulière s’ils sont
typiques. La technique est relativement simple : après désinfection
cutanée, le nodule est pincé entre deux doigts, il est ponctionné avec
une aiguille de 22 Gauge montée sur une seringue de 10mL. Les meilleurs
prélèvements sont ceux obtenus par simple capillarité, sans aspiration.
La ponction, pour avoir des chances d’être interprétable, doit être
répétée six à huit fois. Le prélèvement est étalé sur lames et fixé ou
non en fonction des habitudes du laboratoire. Lorsque la clinique, la
mammographie et la cytologie sont concordantes, la fiabilité du
diagnostic est de 99%.
Le CA 15-3 est le meilleur marqueur tumoral du cancer du sein. Il n’a
cependant aucune valeur diagnostique, ne s’élève que dans les cancers
métastasés, et ne doit être prescrit que dans la surveillance de cancer
du sein traité (même cette indication est discutée.
En milieu spécialisé Lorsque la tumeur est suspecte, ou que la triade
mammographie, clinique, cytologie n’est pas concordante, l’étude
histologique devient indispensable. La biopsie peut être réalisée au tru
cut (drill biopsy) si la tumeur est volumineuse. La biopsie exérèse
chirurgicale, ou tumorectomie, garde toute sa place, assortie d’un
examen histologique extemporané. Elle constitue souvent le premier temps
du traitement des tumeurs malignes.
05Conduite à tenir
Principes du traitement
Cette tumeur bénigne œstrogénodépendante peut être prise en charge
médicalement lorsqu’elle est de petite taille, chez la femme jeune. On a
le choix entre les progestatifs de synthèse à effet antigonadotrope par
voie orale et la progestérone naturelle en application locale. Le
traitement médical permet souvent d’obtenir la stabilité de
l’adénofibrome, parfois sa régression. La surveillance est clinique,
deux fois par an. Exemples de prescription 4 Luténylt ou Orgamétrilt : 1
comprimé/jour du 15e au 25e jour du cycle, ou du 5e au 25e jour du
cycle si l’effet contraceptif est désiré. 4 Progestogelt : une
application matin et soir sur les seins pendant 3 mois.
L’exérèse chirurgicale est indiquée si l’adénofibrome mesure plus de 3
cm (risque de carcinome intra lobulaire central méconnu), ou s’il est
apparu après 25 ans (le cancer médullaire ou colloïde peut se présenter
comme l’adénofibrome). L’exérèse chirurgicale est le plus souvent
réalisable p incision esthétique sous anesthésie générale locale si le
nodule est sous-cutané.
Il s’agit également d’une pathologie hormono-dependante, qui sera prise
en charge médicale selon les mêmes modalités que l’adénofibrome.la
surveillance est également conservée deux fois par an. Le rythme des
prescriptions des examens d’imagerie dépend de la difficulté
d’interprétation de ceux-ci. Les examens complémentaires sont parfois
après 6 mois de traitement, mais doivent retrouver leur rythme habituel
dès que la certitude est sur la stabilité des images (tous les 2 ans).
La ponction constitue le traitement du kyste,dans ce cas particulier,
une échographie est refaite après 03 mois, et l’exérèse chirurgicale du
kyste doit être envisagée en cas de récidive.
Il doit être pris en charge par une équipe multidisciplinaire en milieu
spécialisé. Il ne peut être affirmé définitivement que par l’étude
histologique. Le bilan d’extension doit comporter : radiographie de
thorax, échographie hépatique, transaminases, phosphatase alcaline,
gamma-glutamyl-transférase, CA 15-3. La scintigraphie osseuse n’est
prescrite que s’il existe un signe d’appel ou lorsque le cancer est de
mauvais pronostic. Les facteurs de mauvais pronostic sont histologiques
ou biochimiques : volume de la tumeur, envahissement des ganglions,
présence d’emboles tumoraux, grade III de la classification de Scarff
Bloom et Richardson, envahissement cutané ou du plan pectoral, absence
de récepteurs hormonaux sur la tumeur.
06Conclusion
En présence d’une tumeur du sein, une démarche rationnelle clinique et
para clinique permet le plus souvent de répondre aux deux questions
essentielles : quelle est la nature de la lésion ? Faut-il avoir recours
à la chirurgie ? C’est la rigueur de la démarche, plus que la la
démarche, plus que prescription d’examens redondants, qui permet au
clinicien d’obtenir ces résultats, en se rappelant que la concordance de
la triade mammographie, clinique, cytologie permet de poser le
diagnostic avec une fiabilité de 99%.
Source : L Savey, Elsevier Paris.
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